Plongée dans le calendrier divinatoire du Codex Borbonicus



Vous êtes plutôt horoscope, tarot, I Ching chinois, pendule, runes, méditation, milagritos ? Comment savoir si tel jour est propice à telle chose, à telle prise de décision ? Aucun jour ne se ressemble. Chaque journée n’est pas propice de la même façon. Un athlète de haut niveau, un musicien, un guerrier vous le dira : c’est le jour J qu’il faut être prêt. Préparation physique, mentale, émotionnelle. Tout est mesuré, calibré. Et pourtant il existe toujours une part d’incertitude. C’est cette part d’incertitude que visait à combler le tonalpohualli, le calendrier divinatoire mexicain de 260 jours. Il part du principe que les jours sont des charges, un poids comme une boule de pétanque, - c’est lourd ! -  que des créatures cosmiques doivent porter d’un point A à un point B dans une course de relais qui ne s’arrête jamais. Un troupeau d’entités de bât accompagne le soleil…


En premier lieu, soulignons l’étrange structure pédagogique du manuscrit, comme si son concepteur avait cherché à expliquer la mécanique avec le plus de clarté possible pour un interlocuteur disons un peu benêt (je fais tout particulièrement référence à l’Espagnol qui a osé écrire “escoba” - balais - pour “malinalli”, Herbe sèche, le 12e jour des vingt signes du calendriers divinatoire).



N’ayant pas le don de télépathie, il est indispensable de consulter le fac similé, sur le site du l’AN c’est par ici ! Le sens général de lecture se réalise de gauche à droite (à la différence de nombreux manuscrits précolombiens). Chaque page constitue une section comme un sous-chapitre (les codex sont rarement présentés de la sorte). Découvrir le codex page à page.

Modèle type d’une série de 13 jours 

Treizaine “1 Vautour” car J1 = 1-Vautour (p. 16)


Ainsi, chaque page décrit une série de 13 jours et chaque "treizaine" porte le nom du premier jour, “J1”, la petite case en bas à gauche.  Ainsi :

p. 1 : page manquante mais on sait que J1 = “1 Crocodile”*.

p. 2 : page manquante mais on sait que J1 = “1 Jaguar”.

p. 3 : première page du codex, case à moitié effacée mais on sait que J1 = “1 Cerf

p. 4 : J1 = “1 Fleur”

p. 6 : J1 = "1 Mort"

p. 7 : J1 = "1 Pluie"

p. 9 : J1 = "1 Serpent"

p. 10 : J1 = "1 Couteau de silex"

p. 16 : J1 = "1 Vautour" (aura)...

La succession immuable des 20 jours


Les jours, au nombre de vingt, ne se succèdent pas n’importe comment. Ils suivent un ordre de succession immuable, lequel, sur les hauts plateaux du centre du Mexique à l’arrivée des conquérants, suit l’ordre ci-dessus.

J1 à J 13 en 1 Vautour (16e série), Codex Borbonicus, p. 16



Case : “Numéro + signe du jour” (légende en espagnol)

J1 : “1 Vautour” (aura)

J2 : “2 Mouvement” (sol)

J3 : “3 Couteau de silex” (pedernal)

J4 : “4 Pluie” (llover)

J5 : “5 Fleur” (rosa)

J6 : “6 Crocodile” (vejez !)

J7 : “7 Vent” (viento)

J8 : “8 Maison” (casa)

J9: “9 Lézard” (lagartija)

J10 : “10 Serpent” (culebra)

J11: “11 Mort” (muerte)

J12 : “12 Cerf” (venado)

J13 : “13 Lapin” (conejo)

Résumons : la seizième page du Codex Borbonicus présente “1 Vautour”, seizième série du calendrier rituel.

Arrivé à ce stade tu dois être capable de déchiffrer l’ensemble des deux-cent-trente-quatre (260 moins 26) jours du tonalpohualli du codex, en t’aidant, si besoin, des légendes en espagnol.

Le tonalpohualli ? C’est le nom en nahuatl du calendrier rituel de 260 jours, ce qui signifie le compte des jours. En effet, il s’agit d’un d’un calendrier divinatoire où chaque jour porte un esprit, une énergie, des forces surnaturelles potentiellement fécondes ou dévastatrices.

Les jours et leurs influences

Chaque jour est sujet à l'influence d’une divinité. Il s’agit donc d’une entité animée (loin, très loin du concept du balais). Si elles ne sont pas dessinées sur le Codex Borbonicus, c’est que le tlacuilo, le peintre du manuscrit, considérait que ça allait de soi. Grâce à d’autres sources, nous connaissons les divinités associées à chaque signe. L’exemple le plus connu - il faut tout de même être déjà un peu initié - est celui du signe du Vent, en nahuatl “ehecatl” associé avec Quetzalcoatl, le serpent aux plumes de quetzal. Citons aussi Chien, “itzcuintli”, associé avec Mictlantecuhtli, le dieu du Mictlán, le monde des morts ; ou encore “Cerf”, mazatl, avec Tlaloc, le dieu de l’orage et de la pluie ; “Singe”, ozomatli, sous l’influence de Xochipilli, le prince des fleurs ; ou encore Aigle, cuauhtli, lié avec Xipe Totec (se prononce Chipe), divinité terrifiante qui revêt la peau de ses ennemis vaincus.

Chaque jour est aussi sujet à l’influence des divinités régentes de la treizaine représentées dans la grande case avec les dons offerts lors de rituels censés calmer leurs ardeurs. Ainsi, “1 Vautour” était régi à la fois par Xolotl (se prononce cholotl) et par Tlachitonatiuh (se prononce tla + tchi + tona + tiou), le soleil rouge de la terre, belle métaphore du soleil couchant, carmin prêt à être dévoré par Tlalli, la terre, et à entamer le voyage dans le monde des morts. Il est enveloppé dans le fardeau funéraire des défunts. La scène se déroule à l’intérieur des grandes eaux du monde de la nuit sous l'œil de Vénus. Xolotl, le frère jumeau de Quetzalcoatl, son ombre cosmique, est là ! Il porte sur le torse le bijou en coquillage caractéristique du serpent à plumes et il revêt son costume de jaguar. Il guide le soleil et les défunts dans le monde des ténèbres, il est doté de pouvoirs psychopompes.

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